- La plupart des cas de longévité exceptionnelle signalés dans le passé sont faux, car les âges au décès étaient souvent exagérés.
- Pierre Joubert, que l’on croyait mort à 113 ans, est un cas d’âge erroné pourtant avalisé par le livre Guinness des records.
- Le PRDH relie les dates de naissance et de décès tirées des actes de baptême et de sépulture, ce qui donne l’âge exact.
- Les cinq premiers centenaires québécois furent des femmes, et la première personne à atteindre 100 ans l’a fait en 1825.
- Aucun décès masculin à 100 ans n’a pu être prouvé avant 1850 : François Parent est mort à 99 ans en 1834.
Il n’y a pas de doute que la longévité exceptionnelle fascine. Les médias rendent régulièrement compte de personnes extrêmement âgées, ici ou ailleurs, et leurs propos intéressent toujours leur auditoire. Ces personnes font la fierté de leurs concitoyens et les politiciens n’hésitent pas à en faire des gloires nationales.
Les Canadiens-français ne font pas exception : le cas de Pierre Joubert, né en 1701 et que l’on croyait erronément être décédé à 113 ans – âge avalisé par le livre Guinness des records – fut cité par Joseph-Charles Taché, haut-fonctionnaire chargé du recensement du Canada de 1871 à l’appui de la prétention que les Canadiens français formaient « une population qui, plus qu’aucune autre, peut-être, offre de fréquents exemples de longue vie ».

Le problème est que le domaine est tellement affligé de mythes et exagérations que la plupart des cas de survie exceptionnelle signalés dans le passé sont faux! C’est que les âges déclarés au décès des personnes très âgées étaient notoirement imprécis et, surtout, portés à être exagérés. Les gens étaient en majorité illettrés, la documentation relative à la naissance de la personne faisait défaut et, de toute façon, l’exactitude en la matière n’était pas considérée importante.
Heureusement, l’extraordinaire information colligée pour les Canadiens français du Québec par le Programme de recherche en démographie historique (PRDH) et mise à la disposition du public sur le site PRDH-IGD.com permet de pallier le problème. En effet, en reliant la date de naissance et la date de décès des individus, respectivement obtenues des actes de baptême et de sépulture, l’âge exact est obtenu directement.

Ainsi, il nous est possible de présenter ici un phénomène que nulle autre population peut espérer connaître, soit l’apparition des premiers centenaires, reliée au passage de la forte mortalité du passé à celle d’aujourd’hui, où les nouvelles générations peuvent raisonnablement prétendre à atteindre 100 ans.
Le tableau suivant identifie les dix personnes nées au Québec dont on peut affirmer avec certitude qu’elles ont atteint 99 ans ou plus avant 1850:

On constate que les cinq premiers centenaires québécois furent des femmes. Si une des toutes premières habitantes du pays, Marie-Élisabeth Dechavigny, atteignit 99 ans en 1748, il fallut attendre plus de trois-quarts de siècle, soit 1825, pour qu’une personne atteigne 100 ans; elle le fit avec panache puisqu’elle ne mourut qu’en 1832, à 107 ans!

Un homme, François Parent, est mort à 99 ans en 1834; mais aucun décès masculin à 100 ans n’a pu être prouvé avant 1850 (les données du PRDH étant limitées à 1621-1849) et le premier Canadien français du Québec à devenir centenaire reste donc à être identifié. D’ailleurs, nous accueillerions avec plaisir toute information qui mènerait à son identification!
Bertrand et François Desjardins
Avril 2018
Questions fréquentes
Les âges déclarés au décès des personnes très âgées étaient notoirement imprécis et portés à être exagérés. La plupart des gens étaient illettrés, la documentation sur la naissance faisait défaut et l’exactitude de l’âge n’était pas considérée comme importante.
Le Programme de recherche en démographie historique (PRDH) relie, pour chaque individu, la date de naissance tirée de l’acte de baptême et la date de décès tirée de l’acte de sépulture. L’âge exact est ainsi obtenu directement. Ces données sont accessibles au public sur PRDH-IGD.com.
Les cinq premiers centenaires nés au Québec furent des femmes. Marie-Élisabeth Dechavigny atteignit 99 ans en 1748, mais il fallut attendre 1825 pour qu’une personne atteigne 100 ans. Celle-ci ne mourut qu’en 1832, à 107 ans.
Non. Pierre Joubert, né en 1701, a été cru erronément mort à 113 ans, un âge avalisé par le livre Guinness des records. Joseph-Charles Taché, chargé du recensement du Canada de 1871, l’a cité comme preuve de la longévité des Canadiens français.


