- Sous l’Ancien Régime, la mort frappait à tous les âges et compensait une fécondité très élevée.
- Entre le quart et le tiers des enfants nés sous le Régime français mouraient avant un an, davantage en ville.
- À Montréal, près de 50 % des enfants nés dans les dernières décennies de la période mouraient avant leur premier anniversaire.
- Près de 12 % des femmes mouraient en couches, ce qui écourtait les unions et multipliait les remariages.
- Vos propres ancêtres s’en sont sans doute mieux tirés que la moyenne, puisqu’ils ont eu une descendance jusqu’à vous.
Dans une première chronique, nous avons montré avec la fiche de la famille de Joseph Landry dit Penot et Marie Josèphe Coron dite Dauphinais comment la « reconstitution (ou reconstruction) des familles », c’est-à-dire le rassemblement à l’échelle d’une famille de tous les événements démographiques concernant ses membres, permet de jeter un éclairage fascinant sur les conditions de vie de nos ancêtres. Ce couple exceptionnel formé en 1778 a eu en effet pas moins de 25 enfants, exemple limite d’une fécondité se réalisant en l’absence de toute forme de limitation des naissances.
Un tel contexte, où les enfants étaient beaucoup plus nombreux qu’aujourd’hui, serait rapidement devenu insoutenable en raison du rythme d’accroissement de la population qui en résulte s’il n’y avait pas eu compensation par le biais de conditions de mortalité qui ne manquent pas de frapper l’imagination. En effet, avec cette démographie dite d’Ancien Régime, la mort était omniprésente dans l’esprit de nos ancêtres : contrairement à aujourd’hui où les décès se concentrent aux âges les plus élevés, la mort frappait à tous les âges. Le taux de mortalité infantile (décès avant un an) était très élevé et les enfants qui survivaient étaient ensuite très vulnérables aux maladies et aux accidents; à l’âge adulte, on était un « vieillard » dès la cinquantaine. Les hommes et les femmes mouraient de malnutrition, d’accidents de travail, de manque d’hygiène ainsi que de la maladie, dont des épidémies comme la variole qui ravagent une grande partie de la population. En période de disette, le nombre de décès est encore amplifié.
Les informations colligées par le PRDH permettent de chiffrer ces conditions. Au tout premier plan se situe la mortalité infantile, celle qui décime les enfants dès leur plus jeune âge. Entre le quart et le tiers des enfants nés sous le Régime français sont décédés avant un an, avec une hausse tout au long de la période, dans les villes en particulier. La mortalité infantile est en effet liée entre autres aux conditions d’hygiène et donc aux effets délétères de la promiscuité. Le triste record en la matière est d’ailleurs détenu par Montréal, où près de 50% des enfants nés dans les dernières décennies de la période sont décédés avant d’atteindre leur premier anniversaire. Plusieurs pointes survenaient ainsi, gré des épidémies, disettes ou guerres. Comme la mortalité était loin d’être négligeable dans l’enfance, en définitive, moins de la moitié des naissances menaient à une personne atteignant l’âge au mariage, soit environ 20 ans pour les femmes et 25 ans pour les hommes.

S’étant marié, disons à 25 ans, un homme vivait en moyenne 39 années de plus, soit jusqu’à 64 ans, et une femme mariée à 20 ans vivait aussi 39 années de plus, soit jusqu’à 59 ans. Pourquoi cet écart? Parce que 1,5% des accouchements provoquaient le décès de la mère, de sorte qu’en raison de la répétition de ce risque sur plusieurs accouchements, c’est près de 12% des femmes qui mouraient prématurément en couches. Conséquence pratique de cette réalité : les unions duraient nettement moins longtemps qu’aujourd’hui, à peine la moitié des couples par exemple célébrant leurs noces d’argent, d’où de fréquents remariages, la présence de deux parents étant essentielle pour élever une famille nombreuse.
Vous connaissez maintenant les grandes lignes des conditions de mortalité aux XVIIe et XVIIIe siècles. Comment s’y comparent celles que vous constatez chez vos ancêtres? Attention! Vous constaterez probablement qu’ils s’en sont plutôt bien tirés par rapport à l’ensemble. C’est que pour que vous soyez là pour vous intéresser à eux, ils doivent avoir descendance jusqu’à nos jours, réussite évidemment liée à leur survie et à celles de leurs enfants…
Bertrand et François Desjardins
Novembre 2017
Questions fréquentes
Selon les données du PRDH, entre le quart et le tiers des enfants nés sous le Régime français mouraient avant un an, avec une hausse au fil de la période, surtout en ville. À Montréal, près de la moitié des enfants nés dans les dernières décennies mouraient avant leur premier anniversaire.
Un homme marié à 25 ans vivait en moyenne 39 ans de plus, soit jusqu’à 64 ans. Une femme mariée à 20 ans vivait aussi 39 ans de plus, soit jusqu’à 59 ans. Moins de la moitié des naissances menaient toutefois à une personne qui atteignait l’âge du mariage.
Environ 1,5 % des accouchements entraînaient la mort de la mère. Comme ce risque se répétait à chaque grossesse, près de 12 % des femmes mouraient prématurément en couches, ce qui explique en partie l’écart d’âge au décès entre les hommes et les femmes mariés.
Les unions duraient beaucoup moins longtemps qu’aujourd’hui : à peine la moitié des couples atteignaient leurs noces d’argent. Comme la présence de deux parents était essentielle pour élever une famille nombreuse, le conjoint survivant se remariait souvent.


