- Selon la base du PRDH, 31 Canadiens-français nés au pays et mariés ont atteint 97 ans avant 1850 : 23 femmes et 8 hommes.
- Passé la période reproductive et son risque de décès en couches, les femmes ont un avantage de survie sur les hommes.
- Cet avantage est en partie biologique : meilleure résistance au vieillissement et avantage hormonal.
- Aucune explication de la longévité exceptionnelle ne fait l’unanimité, et les recettes reprises par les journalistes n’ont aucune base sérieuse.
- La famille de Nicolas Lizotte, marié à La Pocatière en 1724, compte deux des cinq centenaires d’avant 1850.
Dans nos deux dernières chroniques «Mortalité du Québec sous le Régime Français» et «Les premiers centenaires canadiens-français au Québec», nous avons successivement évoqué la forte mortalité qui affligeait nos ancêtres à tous les âges de la vie et la rareté des personnes atteignant des âges extrêmes. Nous allons aujourd’hui présenter quelques facteurs sous-jacents à ces réalités.
Dans un premier temps, nous avons utilisé la base de données du PRDH (Qu’est-ce que le PRDH?) afin d’établir la liste des Canadiens-français nés au pays qui se sont mariés et qui ont atteint l’âge vénérable de 97 ans avant 1850.
Décès à 97 ans et plus de Canadiens de naissance survenus avant 1850
| SEXE | Année de naissance | Année de décès | Âge au décès | |||
| F | 1648 | 1748 | 99 ans | |||
| F | 1691 | 1789 | 97 ans | |||
| F | 1701 | 1800 | 98 ans | |||
| F | 1703 | 1800 | 97 ans | |||
| M | 1703 | 1802 | 98 ans | |||
| F | 1709 | 1806 | 97 ans | |||
| M | 1714 | 1811 | 97 ans | |||
| F | 1714 | 1813 | 99 ans | |||
| F | 1722 | 1819 | 97 ans | |||
| F | 1725 | 1832 | 107 ans | |||
| F | 1726 | 1825 | 98 ans | |||
| F | 1731 | 1828 | 97 ans | |||
| F | 1731 | 1835 | 103 ans | |||
| F | 1732 | 1829 | 97 ans | |||
| M | 1734 | 1834 | 99 ans | |||
| F | 1736 | 1834 | 98 ans | |||
| F | 1736 | 1838 | 101 ans | |||
| F | 1738 | 1847 | 108 ans | |||
| F | 1740 | 1838 | 97 ans | |||
| F | 1740 | 1839 | 98 ans | |||
| F | 1741 | 1840 | 98 ans | |||
| M | 1741 | 1840 | 98 ans | |||
| F | 1741 | 1841 | 100 ans | |||
| F | 1741 | 1841 | 99 ans | |||
| F | 1742 | 1840 | 98 ans | |||
| M | 1743 | 1842 | 98 ans | |||
| M | 1743 | 1842 | 98 ans | |||
| M | 1744 | 1841 | 97 ans | |||
| F | 1744 | 1842 | 97 ans | |||
| F | 1744 | 1843 | 99 ans | |||
| M | 1745 | 1844 | 98 ans | |||
| Nombre d’hommes : 8 ; Nombre de femmes : 23 | ||||||
Trente-et-une personnes ont accompli l’exploit, soit vingt-trois femmes et huit hommes. Pourquoi un tel déséquilibre en faveur des femmes, alors que leur espérance de vie à 25 ans est inférieure de plus de 2,5 années à celle des hommes?
C’est qu’au-delà de la période reproductive, ou les mères subissaient à l’époque un risque non-négligeable de décéder en couches, les femmes ont un avantage de survie sur leurs partenaires. On sait qu’une part de cet avantage est biologique parce que la mortalité masculine est plus élevée que la mortalité féminine dès les tout débuts de la vie, incluant in-utero. On associe surtout cette différence génétique à une meilleure résistance des femmes au vieillissement biologique, à laquelle s’ajouterait un avantage hormonal .
En effet, par exemple, l’oestrogène facilite l’élimination du mauvais cholestérol et réduit ainsi le risque de problèmes cardiaques; la testostérone, au contraire, est associée à la violence et à la prise de risque.
Ceci dit, indépendamment du sexe, pourquoi certains individus atteignent-ils à contexte égal des âges plus élevés que leurs contemporains? La raison répugne à n’y voir que l’effet du hasard, mais pourtant aucune explication de cette réalité ne fait l’unanimité. L’étude des cas extrêmes de longévité ne révèle pas vraiment grand-chose : les «petits verres de gin avant le souper» et autres recettes du genre reprises par les journalistes n’ont aucune base sérieuse.
Il est pourtant tentant de croire que certains individus ont au départ un avantage sur les autres; ne dit-on pas que la meilleure chance de vivre vieux est d’avoir des parents et grands-parents qui ont vécu vieux?
À ce sujet, je soumets à votre réflexion l’extraordinaire famille de Nicolas Lizotte et Marie-Madeliene Miville-Deschênes, qui se sont épousés le 3 mai 1724 à La Pocatière. Alors que seulement cinq personnes sont devenues centenaires avant 1850, toutes des femmes, deux d’entre elles sont nées de ce couple, et une de leurs sœurs fait aussi partie de notre liste de départ, puisqu’elle est décédée à 98 ans!

En voulez-vous plus? Leur père, Nicolas Lizotte, est décédé à 98 ans : un seul homme a fait mieux, atteignant 99 ans. Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, j’aimerais bien m’appeler Lizotte!
Bertrand Desjardins et François Desjardins
Août 2018
Questions fréquentes
Au-delà de la période reproductive, où les mères risquaient de mourir en couches, les femmes ont un avantage de survie. Il est en partie biologique : la mortalité masculine est plus élevée dès le début de la vie, et les femmes résistent mieux au vieillissement, avec un avantage hormonal.
Seulement cinq personnes, toutes des femmes, sont devenues centenaires avant 1850 selon la base du PRDH. Deux d’entre elles sont nées du couple de Nicolas Lizotte, marié le 3 mai 1724 à La Pocatière, et une de leurs sœurs est décédée à 98 ans.
Il est tentant de le croire, mais aucune explication de la longévité exceptionnelle ne fait l’unanimité. La famille Lizotte reste frappante : deux filles centenaires, une autre morte à 98 ans, et un père, Nicolas Lizotte, mort lui aussi à 98 ans, un âge dépassé par un seul homme avant 1850.
Pas en moyenne : à 25 ans, l’espérance de vie des femmes était inférieure de plus de 2,5 années à celle des hommes, en raison notamment du risque de décès en couches. Pourtant, parmi les 31 personnes mortes à 97 ans et plus avant 1850, on compte 23 femmes et 8 hommes.



