La présence allemande au Québec

Par
Institut Drouin
Publié le
24/08/2022
La présence allemande au Québec
À retenir
  1. La découverte d’ancêtres allemands apporte surprises et frustrations, surtout parce que les noms de famille ont évolué ou ont été traduits en français.
  2. L’Allemagne n’existe comme État-nation que depuis le 18 janvier 1871; avant, le monde germanique était formé de plusieurs petits États.
  3. Les registres paroissiaux du Québec indiquent souvent « Allemand de nation », même pour une personne venue d’Alsace ou de Lorraine.
  4. La plupart des ancêtres « allemands » établis au Québec sont arrivés aux XVIIe et XVIIIe siècles.
  5. L’immigration militaire a probablement été la plus importante pour le Québec, et de nombreux descendants ignorent leurs origines allemandes.

Je m’appelle Claude Crégheur et je m’intéresse à l’histoire allemande depuis plusieurs années. Cet intérêt est né de la découverte de mes origines allemandes, à la suite de recherches généalogiques menées à partir de la fin des années 1960.

Je ne vous cacherai pas qu’il était encore assez tabou, à cette époque, de parler de mes racines allemandes; la fin de la Seconde Guerre mondiale n’était pas si loin et l’Allemagne avait très mauvaise presse. Ma curiosité a toutefois été la plus forte!

Drapeau de l’Allemagne noir, rouge et or, avec les armoiries à l’aigle noir sur écu doré

Voici l’introduction d’une série d’articles dans lesquels je tenterai de dresser un portrait aussi complet que possible de l’histoire de l’immigration allemande sur le territoire québécois, de la Nouvelle-France à aujourd’hui.

En général, la découverte d’ancêtres allemands dans son arbre généalogique apporte son lot de surprises et de frustrations. La plus grande difficulté réside dans l’orthographe des noms de famille, qui a évolué au fil du temps, certains ayant tout simplement été traduits en français.

Avant d’aller plus loin, je veux m’attarder à la définition du mot Allemand. Un Allemand se définit comme une personne habitant le pays appelé Allemagne. Ce pays, tel que nous le connaissons et auquel nous faisons référence aujourd’hui, a beaucoup changé au cours des derniers siècles. Ses frontières se sont déplacées au gré des guerres et des traités politiques. En tant qu’État-nation, l’Allemagne n’existe que depuis sa proclamation, le 18 janvier 1871. Avant cette date, il existait un monde germanique composé de plusieurs petits États, principautés, duchés et même villes libres.

Son histoire est complexe et doit tenir compte des limites géographiques et politiques ainsi que de l’ethnogenèse du peuple allemand.

Carte de l’Allemagne montrant ses États, dont la Bavière, la Saxe et la Basse-Saxe, et les pays voisins comme la France
Régions allemandes

Par exemple, il est courant de trouver dans les registres paroissiaux du Québec la mention « Allemand de nation », même si la personne venait d’Alsace ou de Lorraine, territoires qui sont passés de l’Allemagne à la France, et inversement, à de nombreuses reprises. La majorité des ancêtres « allemands » qui se sont établis au Québec sont arrivés aux XVIIe et XVIIIe siècles, avant l’Allemagne que nous connaissons aujourd’hui. Plus on remonte dans le temps, plus on se perd dans les subtilités ethniques, qui ne sont finalement que des étiquettes. Les grandes invasions en Europe au premier millénaire ont créé un mélange d’origines scandinaves, saxonnes et franques sur tout le continent.

La Nouvelle-France a été peuplée et développée par une immigration française soutenue jusqu’à la Conquête de 1759. Après la Conquête, d’autres vagues d’immigration venues d’Europe ont touché le Canada, cette fois avec des Européens d’origines diverses. Si l’on veut parler d’immigration germanique, il faut tenir compte de ces vagues d’immigration.

Il faut d’abord comprendre qu’il y a ici deux types d’immigration : le premier type, et probablement le plus important pour le Québec, est l’immigration militaire. Les divers conflits qui ont opposé l’Allemagne et l’Angleterre, puis l’Angleterre et ses colonies américaines, ont contribué à la plus grande vague d’immigration au Québec. Dans la plupart des cas, ces soldats se sont si bien intégrés à leur nouvelle culture, religion comprise, que de nombreux Québécois ignorent qu’ils sont d’ascendance allemande.

Aquarelle d’un grenadier de Brunswick sous Riedesel, en habit bleu, culotte blanche et haut bonnet à mitre, tenant un mousquet
Soldat des troupes de Brunswick

Le second type d’immigration est plus aléatoire et s’est développé au gré des guerres, des famines et des tensions politiques qui ont touché les pays européens entre le XVIIe et le XXe siècle. Il se caractérise par le fait que l’émigrant a quitté sa terre natale de son plein gré. Ces émigrants sont arrivés surtout dans la seconde moitié du XIXe siècle et ont formé des communautés plus fermées, parfois même isolées, avec leurs propres églises et écoles, et conservant souvent leur langue et leur religion luthérienne.

La première moitié du XXe siècle, marquée par les deux grandes guerres, a aussi apporté à la société québécoise un nouveau groupe d’immigrants.

Dans le prochain article de cette série, je m’intéresserai de plus près à l’immigration allemande, de la période de la Nouvelle-France jusqu’à la guerre de Sept Ans.

Claude Crégheur

Questions fréquentes

La principale difficulté tient aux noms de famille, dont l’orthographe a évolué au fil du temps. Certains noms allemands ont tout simplement été traduits en français, si bien qu’une même famille peut apparaître sous des noms assez différents dans les registres québécois.

L’expression est courante dans les registres paroissiaux québécois, mais elle ne désigne pas toujours l’Allemagne actuelle. Elle servait aussi pour des personnes venues d’Alsace ou de Lorraine, territoires passés de l’Allemagne à la France, et inversement, à de nombreuses reprises.

La plupart des ancêtres « allemands » établis au Québec sont arrivés aux XVIIe et XVIIIe siècles, bien avant l’Allemagne que nous connaissons aujourd’hui. Le pays n’a été proclamé État-nation que le 18 janvier 1871, après des siècles de morcellement en petits États.

Il y en a deux. L’immigration militaire, probablement la plus importante pour le Québec, découle des conflits entre l’Allemagne et l’Angleterre, puis entre l’Angleterre et ses colonies américaines. L’immigration volontaire, poussée par les guerres, les famines et les tensions politiques, a culminé dans la seconde moitié du XIXe siècle.

De nombreux soldats allemands venus au Québec se sont si bien intégrés à leur nouvelle culture, religion comprise, que bien des Québécois ignorent aujourd’hui leur ascendance allemande. Les noms de famille traduits en français masquent aussi ces origines.

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Fondé en 1899 par Joseph Drouin, l’Institut généalogique Drouin conserve et numérise les archives généalogiques du Québec. Son équipe publie ici les nouveautés de Généalogie Québec et des guides pratiques.

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