Leçon 2 : Comment commencer ses recherches généalogiques au Québec

Par
Kim Kujawski
Publié le
29/10/2026
Leçon 2 : Comment commencer ses recherches généalogiques au Québec
À retenir
  1. Commencez par vous-même et remontez le temps une génération à la fois, à l’aide de fiches familiales.
  2. Interrogez vos proches pendant qu’il est temps et enregistrez leurs souvenirs, avec leur accord.
  3. Numérisez les documents et les photos de famille, recto et verso, identifiez-les et gardez des copies à plusieurs endroits.
  4. Les histoires de famille sont des indices : cherchez les documents qui les confirment ou les corrigent.
  5. Notez la source de chaque information au moment où vous l’enregistrez.

Commencez par ce que vous savez et remontez le temps

Quiconque se lance dans des recherches généalogiques au Québec découvrira rapidement à quel point les familles canadiennes-françaises sont bien documentées. De nombreuses lignées peuvent être retracées jusqu’à un ancêtre arrivé de France au XVIIe ou au XVIIIe siècle. Avec la multitude de documents et d’arbres généalogiques disponibles en ligne, on pourrait croire qu’il est possible d’ajouter une douzaine de générations en un après-midi. Cet enthousiasme fait partie du plaisir, mais, comme nous l’avons vu dans la leçon 1, la fiabilité d’un arbre généalogique dépend de celle de chaque lien de parenté. Le meilleur moyen de partir sur des bases solides est de commencer par les personnes que vous connaissez le mieux et de remonter le temps, une génération à la fois.

Commencez par vous-même et votre famille proche : vos parents, vos frères et sœurs, votre conjoint ou conjointe et vos enfants. Pour chaque personne, notez les dates et les lieux des principaux événements de sa vie, comme la naissance, le mariage et le décès. Vous aurez peut-être l’impression de noter ce que vous savez déjà, mais c’est ainsi que commence tout arbre généalogique. Cela vous donne un point de départ solide pour remonter le temps.

Famille Boudreau et Labrie à Godbout
Famille Boudreau et Labrie à Godbout (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

Une fiche familiale est un moyen simple d’organiser ces informations. Chaque fiche est consacrée à un couple et à ses enfants, avec des espaces pour noter les noms, les dates, les lieux et des remarques. Commencez par remplir une fiche pour vous-même (en y incluant votre conjoint ou conjointe et vos enfants, le cas échéant), puis remplissez-en une pour vos parents, dans laquelle vous figurerez parmi leurs enfants. C’est ce chevauchement qui permet de relier les fiches et les générations entre elles. Bibliothèque et Archives Canada propose des modèles en français et en anglais.

Une fois ces fiches remplies, passez à vos grands-parents, puis à vos arrière-grands-parents, en remontant aussi loin que vos connaissances vous le permettent. Ne vous inquiétez pas si vous ne connaissez qu’un nom ou si vous en savez peu sur une branche de votre famille. C’est tout à fait normal. Ces espaces vides ne sont pas un échec : vos recherches vous permettront justement de les remplir.

Quelques conseils pour vous aider dans votre démarche :

  • Inscrivez les femmes sous leur nom de jeune fille. C’est la pratique utilisée dans les registres paroissiaux du Québec et elle vous permettra de retrouver beaucoup plus facilement les femmes de votre famille.
  • Écrivez le mois en toutes lettres dans les dates, par exemple « 4 mars 1932 ». Une date écrite sous la forme « 04/03/1932 » peut signifier le 4 mars ou le 3 avril, selon la personne qui l’a écrite. C’est une source fréquente de confusion entre les documents en français et en anglais.
  • Indiquez les lieux de manière aussi détaillée que possible : le village, la municipalité ou la ville ; le comté ; la province ou l’État ; et le pays. Pour un baptême, un mariage ou un enterrement, précisez également la paroisse ou l’église où l’événement a eu lieu.
  • Signalez toute incertitude. Si vous n’êtes pas sûr d’une information, précisez-le : « décédé vers 1932, probablement à Montréal ». Une indication approximative est bien plus utile qu’une date qui semble précise, mais qui ne l’est pas. Si vous ne savez rien, laissez l’espace vide.

Vous arriverez rapidement à des questions auxquelles vous ne pourrez pas répondre par vous-même. C’est là que vos proches pourront vous aider.

Parlez à votre famille

Une fois que vous avez noté ce que vous savez, vos proches sont souvent votre meilleure source d’information. Votre père ou votre mère, une tante, un oncle ou un grand-parent peut se souvenir de noms, de dates et de lieux qui ne figurent dans aucun des documents que vous avez consultés jusqu’à présent. Les membres plus âgés de votre famille peuvent parfois remonter plus loin dans le temps que vous ne le pensez. Une grand-mère qui a connu ses propres grands-parents lorsqu’elle était enfant pourra peut-être vous parler de personnes nées à la fin du XIXe siècle.

Ne vous limitez pas à votre famille proche. Les cousins, les grands-tantes et les grands-oncles, les amis de la famille et les voisins de longue date peuvent chacun avoir des souvenirs différents. Une branche de la famille peut aussi avoir conservé des récits ou des documents dont les autres n’ont jamais entendu parler. Si vous n’avez pas de proches plus âgés à interroger ou si vous avez perdu le contact avec une branche de la famille, vous pouvez tout de même faire de bons progrès grâce aux documents eux-mêmes.

De nombreuses familles comptent également une personne passionnée par leur histoire : quelqu’un qui, depuis des années, recueille des noms, des photos et des documents, ou qui a déjà établi un arbre généalogique. Demandez à vos proches si quelqu’un dans la famille a déjà fait des recherches généalogiques et n’hésitez pas à communiquer avec cette personne. La plupart des passionnés de généalogie sont ravis de trouver quelqu’un qui partage leur intérêt. N’oubliez pas toutefois que leurs recherches, comme tout arbre généalogique, doivent être vérifiées à l’aide des documents originaux.

« Les quatre générations de Hague, Montréal, QC, 1909 », photo de Wm. Notman & Son
« Les quatre générations de Hague, Montréal, QC, 1909 », photo de Wm. Notman & Son (Musée McCord Stewart)

Lorsque vous discutez avec vos proches, apportez vos fiches familiales. Elles vous permettront de voir précisément quelles informations vous manquent et vous donneront un point de départ naturel pour la conversation. Prenez aussi le temps d’expliquer ce que vous cherchez à faire. Beaucoup de gens sont heureux de partager leurs souvenirs lorsqu’ils comprennent pourquoi vous leur posez des questions, et certains pourraient même se passionner autant que vous pour la recherche.

Voici quelques questions utiles pour combler ces lacunes :

  • Quels étaient les noms complets de vos parents et de vos grands-parents ? Avaient-ils des surnoms ou utilisaient-ils un autre nom que celui qui leur avait été donné ?
  • Quels sont les dates et les lieux de leur naissance, de leur mariage et de leur décès ?
  • Quelle était la paroisse, l’église ou tout autre lieu de culte de la famille ?
  • Où la famille vivait-elle ? A-t-elle déjà déménagé ? Quelqu’un est-il parti aux États-Unis, en Ontario ou ailleurs, et savez-vous pourquoi ?
  • Quel métier exerçaient-ils ?
  • Combien de frères et sœurs avaient-ils ? Certains d’entre eux sont-ils morts en bas âge ?
  • Connaissez-vous d’autres membres de la famille qui ont fait des recherches sur son histoire ?

Préservez les souvenirs de vos proches

Une histoire familiale, c’est bien plus qu’une simple liste de noms, de dates et de lieux. Ce sont les récits qui lui donnent véritablement vie : comment vos grands-parents se sont rencontrés, à quoi ressemblait la ferme familiale, pourquoi quelqu’un est parti travailler dans les usines de la Nouvelle-Angleterre. La plupart de ces informations ne figureront jamais dans aucun document. Elles n’existent que dans la mémoire de vos proches.

De nombreux généalogistes partagent le même regret : ils n’ont pas interrogé leurs aînés tant qu’ils en avaient encore la possibilité. N’attendez pas. Prévoyez un moment pour vous entretenir avec vos aînés, que ce soit en personne, par téléphone ou par vidéoconférence.

Il est utile de préparer vos questions à l’avance, voire d’en partager certaines avec votre proche avant l’entrevue afin qu’il ait le temps d’y réfléchir. Plusieurs sites web consacrés à la généalogie proposent de bonnes suggestions pour mener des entrevues familiales, notamment FamilySearch, en français et en anglais.

Veillez à enregistrer la conversation, avec l’accord de votre proche. Vous pouvez utiliser votre téléphone, un enregistreur ou simplement un stylo et du papier. Il est conseillé de prendre des notes même si vous enregistrez, au cas où l’appareil tomberait en panne ; si vous utilisez un appareil, testez-le au préalable. Ensuite, faites des copies de vos enregistrements et de vos notes, et conservez-les à plusieurs endroits.

Conseils pour les entrevues :

  • Posez des questions ouvertes. Au lieu de questions fermées (auxquelles on répond par « oui » ou « non »), posez des questions telles que « De quoi te souviens-tu à propos de ta grand-mère ? » ou « À quoi ressemblait la maison où tu as grandi ? ». Laissez votre proche raconter librement ; c’est souvent de manière inattendue que surgissent les détails les plus précieux.
  • Trouvez un endroit calme, à l’abri des distractions. Votre proche aura ainsi plus de facilité à se concentrer, et votre enregistrement sera plus clair.
  • Utilisez la langue dans laquelle votre proche est le plus à l’aise. Si cette personne a grandi dans une autre langue que le français, menez la conversation dans cette langue si vous le pouvez, ou demandez l’aide d’un autre membre de la famille. On se souvient souvent de plus de choses, et on se confie plus librement, dans sa langue maternelle.
  • Faites preuve de patience et de respect, et essayez de ne pas interrompre votre proche. Certains sujets, comme une enfance difficile, un divorce ou un proche dont on n’a jamais parlé, peuvent être douloureux. N’insistez pas. Un sujet tabou lors d’une conversation peut parfois être abordé naturellement lors d’une autre.
  • Adaptez-vous aux pertes de mémoire. Si votre proche est atteint de démence ou d’autres troubles de la mémoire, veillez à ce que les conversations soient courtes et détendues, et choisissez un moment de la journée où cette personne est généralement le plus en forme. Les souvenirs anciens restent souvent plus nets que les plus récents, et les photos, les objets familiers ou la musique peuvent aider à les raviver. Si un détail semble inexact, évitez de corriger votre proche ou de lui poser des questions pour vérifier ses souvenirs ; prenez-en simplement note et vérifiez-le plus tard. FamilySearch propose des conseils utiles pour parler de l’histoire familiale avec des personnes atteintes de démence, en français et en anglais.
  • Prévoyez plusieurs conversations. Les souvenirs ont tendance à refaire surface une fois qu’on les a évoqués, et il se peut qu’un proche vous appelle une semaine plus tard pour vous parler d’un détail dont il ou elle vient de se souvenir.
  • Profitez-en bien ! Une entrevue est aussi l’occasion de passer du temps ensemble et d’apprendre à mieux connaître votre proche.

Enfin, pensez à inverser les rôles. Demandez à vos enfants ou à un jeune membre de votre famille de vous interviewer, en posant les mêmes questions ou en formulant les leurs. Vos descendants vous en seront reconnaissants.

Rassemblez les documents, les photos et autres archives familiales

Demandez à vos proches s’ils possèdent des documents, des photos ou d’autres objets liés à la famille. Voici quelques exemples :

  • certificats de naissance, de baptême, de mariage, de décès et de sépulture
  • nécrologies et cartes mortuaires
  • photographies, cartes postales et lettres
  • coupures de presse
  • documents militaires, dossiers et bulletins scolaires
  • documents d’immigration et de naturalisation, passeports et cartes d’identité
  • actes notariés, tels que contrats de mariage, testaments et actes de vente et titres de propriété
  • souvenirs de baptêmes, premières communions, mariages et anniversaires

Même les éléments qui ne semblent pas, à première vue, revêtir une importance généalogique peuvent contenir des indices utiles.

Cette carte de tramway pour étudiant datant de 1939 indique le nom de Léo Gosselin, son école et sa date de naissance
Cette carte de tramway pour étudiant datant de 1939 indique le nom de Léo Gosselin, son école et sa date de naissance (Collections diverses Drouin, Généalogie Québec)

Ces trésors de famille peuvent se cacher dans le grenier d’une tante, dans l’album photos d’un grand-père ou dans une boîte qui n’a pas été ouverte depuis des décennies. Une carte mortuaire peut indiquer la date exacte d’un décès, une carte postale peut révéler où une personne vivait à un moment donné, et une photographie peut comporter un nom ou une date inscrits au dos. Les lettres et les enveloppes peuvent fournir des adresses, des liens de parenté et des détails sur des membres de la famille qui ne figurent peut-être pas dans les registres officiels.

Cette carte mortuaire de Léocadie Allaire, datée de 1977, indique la date et le lieu de son décès, son lieu d’inhumation, son âge et les noms de ses deux maris
Cette carte mortuaire de Léocadie Allaire, datée de 1977, indique la date et le lieu de son décès, son lieu d’inhumation, son âge et les noms de ses deux maris (Collections diverses Drouin, Généalogie Québec)

Portez une attention particulière à tout élément permettant d’identifier des personnes, des lieux ou des dates. Vérifiez si le dos des photos et des cartes postales comporte des inscriptions, des noms de photographes ou de studios, des adresses ou des cachets de la poste. Feuilletez les livres et les albums à la recherche de notes manuscrites, ainsi que de feuilles volantes ou de cartes glissées entre les pages. Si un proche sait qui figure sur une photo non identifiée, notez-le dès maintenant plutôt que de compter sur quelqu’un pour s’en souvenir plus tard.

La nécrologie de Claude Bourgeois, parue en 1980, fournit une mine d’informations généalogiques
La nécrologie de Claude Bourgeois, parue en 1980, fournit une mine d’informations généalogiques (Collections diverses Drouin, Généalogie Québec)

Dans la mesure du possible, demandez au propriétaire ce qu’il sait sur un objet et d’où il provient. Savoir qu’une photo a appartenu à l’un de vos grands-parents, par exemple, peut vous aider à déterminer de quel côté de la famille elle provient.

Beaucoup de gens hésitent, à juste titre, à se séparer des trésors de famille, même pour un court instant. Plutôt que de demander à emprunter les originaux, proposez de les numériser ou de les photographier sur place, puis de tout remettre comme vous l’aviez trouvé.

Conservez et identifiez ce que vous trouvez

Une fois que vous aurez rassemblé vos documents et photos de famille, prenez le temps de les conserver, de les identifier et de les classer. Les originaux peuvent se décolorer, s’abîmer ou se perdre, et les personnes qui savent ce qu’ils représentent ne seront pas toujours là pour vous renseigner.

Numérisez ou photographiez tout

Faites une copie numérique de chaque document et de chaque photo que vous trouvez. Vous pouvez utiliser un numériseur personnel ou vous rendre dans un centre d’impression ou un magasin de fournitures de bureau proposant ce service ; de nombreuses bibliothèques et sociétés de généalogie mettent également des numériseurs à disposition gratuitement ou à faible coût. Une application de numérisation pour téléphone intelligent peut également faire l’affaire si vous ne disposez d’aucun autre moyen.

Numérisez en haute résolution afin que vos images restent nettes si vous souhaitez par la suite les agrandir, les imprimer ou les partager, par exemple dans un album de famille. Une résolution d’au moins 600 ppp est une bonne norme pour les photographies, tandis que 300 ppp suffisent généralement pour les documents. Numérisez les deux faces dès qu’il y a du texte, la signature d’un photographe, un cachet ou toute autre information au verso. Si la numérisation n’est pas possible, prenez une photo nette et bien éclairée de l’ensemble du document. Conservez le fichier original en pleine résolution et évitez de recadrer les bords, les annotations ou tout autre détail qui pourrait s’avérer utile par la suite.

Photographie de Félix Dugal datant de 1888. Sans le verso, on ne saurait identifier le sujet ni la date
Photographie de Félix Dugal datant de 1888. Sans le verso, on ne saurait identifier le sujet ni la date. (Collections diverses Drouin, Généalogie Québec)

Les objets qui ne peuvent pas être numérisés, comme une médaille militaire, une montre de poche ou une courtepointe préférée, méritent également d’être photographiés. Prenez plusieurs photos bien éclairées sous différents angles, notamment des gros plans sur les gravures, les étiquettes, les marques du fabricant ou les initiales brodées.

Courtepointe, 1884
Courtepointe, 1884 (Musée McCord Stewart)

Identifiez ce que vous possédez

Peu importe ce que vous numérisez ou photographiez, notez de quoi il s’agit. Pour chaque élément, précisez qui y figure ou qui est concerné, sa date et l’endroit où il a été créé ou photographié. Ce qui vous semble évident aujourd’hui peut ne rien signifier pour un autre membre de la famille, ou pour vos descendants dans quelques décennies. Notez également à qui appartient l’original et où il est conservé.

Donnez à vos fichiers numériques des noms descriptifs plutôt que de les laisser sous la forme « IMG_4382 ». Un système simple et cohérent fonctionne bien, par exemple 1888_Dugal_Felix_portrait_recto.jpg et 1888_Dugal_Felix_portrait_verso.jpg. Enregistrez-les dans un dossier dédié au couple ancestral auquel ils se rapportent (plus d’informations à ce sujet ci-dessous), et conservez vos notes concernant chaque élément avec l’image afin que les deux ne soient jamais séparés.

Conservez des copies à plusieurs endroits

Une copie numérique ne protège les documents de votre famille que si elle-même est préservée. Conservez vos fichiers à au moins deux endroits, par exemple sur votre ordinateur et sur un disque dur externe ou un service de stockage en ligne, et pensez à partager des copies avec les membres de votre famille qui s’y intéressent. Plus vous conservez de copies de votre histoire familiale à différents endroits, mieux elle est protégée.

Prenez soin des originaux

Si vous conservez des documents ou des photographies originaux, quelques conseils simples vous permettront de les préserver :

  • Conservez-les dans un endroit frais, sec et à l’abri de la lumière. Les greniers, les sous-sols et les garages comptent parmi les pires endroits pour le papier et les photographies en raison de la chaleur, de l’humidité et des insectes.
  • Utilisez des chemises, des boîtes et des pochettes sans acide, disponibles chez les fournisseurs de matériel d’archivage et dans de nombreux magasins de loisirs créatifs.
  • Évitez le ruban adhésif, la colle, les agrafes, les trombones et les élastiques, qui peuvent endommager le papier à long terme.
  • Si vous devez annoter le dos d’une photo, écrivez légèrement le long du bord avec un crayon à mine, jamais avec un stylo à bille ou un marqueur.
  • Manipulez les photos par les bords, avec des mains propres et sèches.

Les histoires de famille sont des indices, pas des preuves

Chaque famille a ses histoires. Beaucoup sont vraies, et bien d’autres encore contiennent au moins un fond de vérité. Mais certaines s’avéreront exagérées ou tout simplement fausses, tout comme la taille du poisson que le cousin Steve a pêché l’été dernier.

Les histoires évoluent au fil des générations, généralement sans que personne ait l’intention d’induire les autres en erreur. Les détails sont simplifiés, deux membres de la famille portant des noms semblables finissent par être confondus en une seule personne, les événements sont attribués à la mauvaise génération et une histoire banale prend une tournure plus spectaculaire. Une histoire racontée depuis cent ans a été transmise par de nombreuses personnes, et chacune a peut-être légèrement modifié certains détails.

C’est pourquoi il vaut mieux considérer les récits familiaux comme des indices : des points de départ précieux pour la recherche, mais qui ne constituent pas à eux seuls une preuve. L’objectif est de trouver des documents qui les confirment, les corrigent ou les réfutent. Par exemple :

  • Le grand-oncle Adélard a participé à la Première Guerre mondiale ? Cherchez son dossier militaire. Les dossiers militaires canadiens de la Première Guerre mondiale ont été numérisés et peuvent être consultés gratuitement.
Extrait du dossier militaire d’Adélard Brunet, Première Guerre mondiale
Extrait du dossier militaire d’Adélard Brunet, Première Guerre mondiale (Bibliothèque et Archives Canada)
  • L’arrière-grand-mère faisait partie d’une fratrie de 18 enfants ? Consultez les registres paroissiaux pour retrouver les baptêmes des membres de la famille. Vous découvrirez peut-être que cette histoire est vraie, que ce nombre inclut des demi-frères et demi-sœurs issus du second mariage d’un des parents, ou encore que la famille n’était pas aussi nombreuse que tout le monde le croyait.
  • Votre famille est apparentée à une personnalité célèbre portant le même nom de famille ? Remontez votre propre lignée et vérifiez s’il existe bel et bien un lien. Le fait de partager un nom de famille, même peu courant, ne signifie pas nécessairement que l’on a un ancêtre commun.

Même une histoire qui se révèle inexacte peut être utile. Un arrière-grand-père qui serait « originaire de France » pourrait en réalité provenir d’une paroisse francophone du Québec, et ce détail pourrait tout de même vous aider à le retrouver.

Toutes les histoires ne peuvent pas être confirmées ou infirmées, et ce n’est pas grave. Lorsqu’une histoire ne peut pas être vérifiée, notez-la quand même, en précisant qui vous l’a racontée, et indiquez clairement qu’il s’agit d’une tradition familiale. Cela prendra peut-être tout son sens plus tard, lorsque vous tomberez sur un document auquel vous ne vous attendiez pas.

Notez toujours la source de vos renseignements

Au fur et à mesure que vos recherches avanceront, vous accumulerez des centaines, voire des milliers de noms, de dates et de lieux, ainsi que les documents, photographies et récits abordés dans cette leçon. Comme nous l’avons vu dans la leçon 1, chaque information doit être consignée en précisant d’où elle provient : sa source.

La consignation de vos sources sert à deux choses :

  • Cela vous permet de retrouver ces informations plus tard. Dans quelques mois ou quelques années, vous voudrez savoir si la date de décès de l’oncle Fernand provenait de sa carte mortuaire, de la mémoire d’un cousin ou d’un site web. Sans indication de la source, vous risquez de devoir recommencer toute la recherche.
  • Cela vous permet, à vous et à d’autres, d’évaluer le degré de fiabilité de l’information. Une date de décès tirée d’une nécrologie publiée quelques jours après l’événement est généralement plus fiable que celle provenant d’un arbre généalogique en ligne qui ne cite aucune source.

Le meilleur moment pour consigner une source, c’est au moment même où vous enregistrez l’information. La plupart des fiches familiales prévoient un espace pour les sources ou les notes, et les logiciels de généalogie comportent également des champs dédiés à cet effet. À ce stade, une source n’a pas besoin d’être formelle. Même une mention du type « Maman, conversation téléphonique, 3 mars 2026 » vaut bien mieux que rien.

Pour l’instant, essayez de répondre à quatre questions : quelle est la source ? Qui l’a créée ou a fourni les renseignements ? Quand a-t-elle été créée ? Où peut-on la trouver aujourd’hui ? Voici quelques exemples de documents que vous êtes susceptible de trouver au sein de votre propre famille :

Un certificat de mariage :

Certificat de mariage de Pierre Tremblay et Sophie Dumouchel, 20 mai 1938, paroisse Notre-Dame-de-Québec, Québec ; délivré par la paroisse en 1952. Original conservé par Richard Tremblay, à Lévis.

Une entrevue :

Entrevue avec Gisèle Boucher menée par son petit-fils, Serge Gagnon, le 10 octobre 2026, au domicile de Gisèle Boucher à Trois-Rivières. Enregistrement audio numérique et transcription conservés par Serge Gagnon.

Une photographie :

Photographie de Thérèse Langlois lors de la collation des grades à l’Université de Montréal, en mai 1986. Original conservé par Bernard Roy ; numérisé par Bernard Roy en 2026 et conservé dans sa collection numérique.

Organisez vos données généalogiques

Un projet de généalogie ne tarde pas à prendre de l’ampleur. Entre les noms, les dates, les lieux, les documents, les photos et les entrevues, vous vous retrouverez rapidement avec plus d’informations que vous ne pouvez en retenir de mémoire ; il est donc important de décider dès le début comment vous allez les stocker et les organiser.

Certains préfèrent le papier, avec des fiches familiales et des copies imprimées de documents conservées dans des cartables. Le papier est un bon moyen de commencer, mais les recherches généalogiques sur les familles canadiennes-françaises peuvent prendre de l’ampleur très rapidement. Les archives remontant souvent à dix générations ou plus, les cartables deviennent vite peu pratiques, et la plupart des chercheurs finissent par passer à un système numérique. Il existe trois options principales, et beaucoup de gens les combinent.

Plateformes d’arbres généalogiques en ligne

Les plateformes en ligne vous permettent de créer un arbre généalogique sur un site web, d’y joindre des documents et des photos, et de partager votre travail avec vos proches. Elles se divisent en deux grandes catégories :

  • Les arbres partagés, tels que FamilySearch et WikiTree, sont gratuits et collaboratifs. Au lieu de créer votre propre arbre, vous contribuez à un arbre mondial unique que d’autres utilisateurs peuvent également modifier. Cela vous permet de retrouver plus facilement des membres de votre famille et de profiter des recherches d’autres utilisateurs, mais cela signifie également que quelqu’un d’autre peut modifier les informations que vous avez ajoutées.
  • Les arbres personnels, tels que ceux proposés par Ancestry, MyHeritage, Findmypast et Geneanet, vous appartiennent et vous contrôlez leur contenu. La création d’un arbre sur ces sites est gratuite, mais certaines fonctionnalités et de nombreuses collections de documents nécessitent un abonnement payant.

Logiciels de généalogie

Les logiciels de généalogie conservent votre arbre généalogique sur votre propre ordinateur. Vous contrôlez les données, ils fonctionnent sans connexion Internet et la plupart des programmes permettent de générer des tableaux généalogiques et des rapports. Parmi les options les plus populaires, on trouve Heredis, Family Tree Maker, RootsMagic, Legacy Family Tree, Reunion et Gramps. Certains sont gratuits ou proposent une version de base gratuite, d’autres ne fonctionnent que sous Windows ou uniquement sur Mac. Heredis, développé en France, est largement utilisé par les généalogistes francophones. Il vaut la peine d’essayer une version gratuite ou une version d’essai avant de vous engager.

Votre propre système de classement

Quelle que soit la manière dont vous construisez votre arbre généalogique, vous aurez également besoin d’un endroit où conserver vos documents numériques, vos photos et vos enregistrements. Une approche simple consiste à créer un dossier sur votre ordinateur pour chaque couple ancestral, de sorte que vos dossiers correspondent à vos fiches familiales. Chaque dossier peut contenir la fiche familiale du couple, ainsi que des copies de leurs documents officiels, des photos, des enregistrements d’entrevues et des notes. En nommant chaque dossier de manière cohérente, en indiquant les noms et prénoms des deux conjoints, par exemple Potvin_Michel_et_Villeneuve_Marie, vous garderez vos dossiers bien classés et faciles à retrouver. Les documents concernant un enfant qui ne s’est jamais marié peuvent être placés dans le dossier de ses parents. Après son mariage, cette personne aura son propre dossier.

Quelques points à retenir

  • Conservez une copie de votre arbre généalogique que vous contrôlez. Les sites web modifient leurs conditions d’utilisation, leurs tarifs et leurs fonctionnalités, et peuvent parfois cesser leurs activités. Même si vous travaillez principalement en ligne, conservez une copie de votre arbre généalogique dans un logiciel ou sous forme de fichiers sur votre propre ordinateur. La plupart des plateformes et des programmes permettent d’exporter votre arbre au format GEDCOM, un format standard lisible par d’autres programmes.
  • Protégez la vie privée de vos proches encore en vie. Avant de partager un arbre généalogique en ligne, assurez-vous que les renseignements concernant les personnes vivantes ne sont pas accessibles aux autres utilisateurs. La plupart des plateformes le font automatiquement, mais il vaut mieux vérifier.
  • Ne laissez pas ce choix vous freiner. Il n’y a pas de système idéal, et vous pourrez en changer plus tard. L’essentiel est d’en choisir un, de l’utiliser régulièrement et de consigner vos sources au fur et à mesure.

Identifiez les lacunes : que souhaitez-vous découvrir ensuite ?

À ce stade, vous avez déjà noté ce que vous savez, discuté avec votre famille et rassemblé tous les documents et photos que vous avez pu trouver. Jetez un œil à vos fiches familiales. Où y a-t-il des espaces vides ? Peut-être connaissez-vous les noms de vos grands-parents, mais pas la date ni le lieu de leur mariage, ou encore vous ne savez pratiquement rien d’un côté de votre famille. C’est à partir de ces lacunes que commence votre recherche.

Il est également utile de repenser à ce qui vous a attiré vers la généalogie au départ. Comme nous l’avons vu dans la leçon 1, les motivations varient d’une personne à l’autre, et vos objectifs détermineront à quoi vous consacrerez votre temps. Par exemple :

  • Souhaitez-vous retrouver votre premier ancêtre patronymique, c’est-à-dire la première personne portant votre nom de famille à être arrivée en Nouvelle-France ?
  • Y a-t-il un ancêtre en particulier dont vous aimeriez retracer la vie et raconter l’histoire ?
  • Souhaitez-vous découvrir combien de Filles du roi, de soldats ou de voyageurs figurent dans votre arbre généalogique ?
  • Souhaitez-vous savoir quand et pourquoi votre famille a quitté le Québec, ou de quelle région du Québec provenaient vos ancêtres qui ont émigré ?
  • Souhaitez-vous simplement dresser un portrait aussi complet que possible de votre famille ?

Quel que soit votre objectif, le meilleur point de départ est généralement la lacune la plus proche de vous. Chaque génération que vous confirmez vous fournit les noms, les dates et les lieux dont vous avez besoin pour retrouver la génération précédente, et, comme l’a montré la leçon 1, un acte de mariage offre souvent la clé pour remonter plus loin dans le temps.

Essayez de transformer chaque lacune en une question précise. « Qui étaient mes ancêtres ? » est une question trop vague pour faire l’objet de recherches. « Quand et où mes grands-parents, René Dion et Rita Paquette, se sont-ils mariés ? » est une question à laquelle vous pouvez répondre, et sa réponse vous mènera naturellement à la suivante.

Lorsque vous commencez à rechercher des documents, il est également utile de tenir un journal de recherche. Notez les bases de données, les collections ou les registres que vous avez consultés, les noms et les dates que vous avez utilisés, et si vous avez trouvé quelque chose. Il est tout aussi important de noter les recherches sans succès que celles qui ont abouti. Cela vous évitera de refaire le même travail et vous aidera à décider où chercher ensuite.

Une fois que vous savez ce que vous voulez trouver, l’étape suivante consiste à décider comment vous y prendre.

Choisissez votre approche : recherche par lignée ou par génération

Les généalogistes abordent généralement leurs recherches de deux manières différentes : soit en remontant le temps en suivant une seule lignée, soit en étudiant l’ensemble de la famille, génération par génération. Aucune de ces deux méthodes n’est supérieure à l’autre, et de nombreux chercheurs les utilisent toutes les deux à différentes étapes de leurs recherches.

Recherche par lignée

Si votre objectif est de retrouver votre premier ancêtre patronymique, c’est-à-dire la première personne portant votre nom de famille à être arrivée en Nouvelle-France, vous adopterez une approche par lignée ascendante. En partant de vous-même, vous mènerez des recherches sur votre père, puis sur son père, puis sur le père de son père, et ainsi de suite, en remontant votre lignée paternelle, une génération à la fois. C’est ce qu’on appelle votre lignée patrilinéaire ou paternelle.

Vous pouvez procéder de la même manière avec votre lignée matrilinéaire : votre mère, sa mère, la mère de sa mère, et ainsi de suite. Cette lignée comporte un élément de mystère supplémentaire. Comme les femmes sont identifiées par leur nom de jeune fille dans les registres québécois, le nom de famille change généralement à chaque génération ; il est donc impossible de prédire quel nom vous trouverez au bout de la lignée.

Un tableau d’ascendance présentant la lignée patrilinéaire (en vert), qui suit les ancêtres paternels de père en fils, et la lignée matrilinéaire (en orange), qui suit les ancêtres maternels de mère en fille
Un tableau d’ascendance présentant la lignée patrilinéaire (en vert), qui suit les ancêtres paternels de père en fils, et la lignée matrilinéaire (en orange), qui suit les ancêtres maternels de mère en fille.

Cette approche s’applique à n’importe quelle branche de votre arbre généalogique. Vous pourriez, par exemple, être curieux de connaître les origines du nom de famille inhabituel d’une arrière-grand-mère, ou vouloir remonter la lignée qui mène à un ancêtre mentionné dans une histoire de famille.

La recherche par lignée est ciblée et enrichissante, et elle peut vous permettre de remonter jusqu’au XVIIe siècle assez rapidement. Son inconvénient est qu’elle ne suit qu’un chemin étroit au sein de votre famille, sans explorer la majorité de vos ancêtres.

Recherche par génération

Vous pouvez également effectuer vos recherches généalogiques génération par génération. Une fois que vous avez documenté vos parents, vous vous penchez sur vos quatre grands-parents, puis sur vos huit arrière-grands-parents, puis sur vos seize arrière-arrière-grands-parents, et ainsi de suite. Cette approche permet de dresser un tableau beaucoup plus complet de votre famille, et, comme vous vérifiez chaque génération au complet avant de passer à la suivante, il est plus facile de repérer les erreurs et les liens au fur et à mesure.

Le revers de la médaille, c’est l’ampleur du travail. Le nombre d’ancêtres directs double à chaque génération, et, dans le cadre de recherches sur les Canadiens français, où les archives remontent souvent jusqu’au XVIIe siècle, il n’est pas rare d’identifier des milliers d’ancêtres.

Lien de parenté Génération Nombre d’ancêtres directs
Vous 1 1
Parents 2 2
Grands-parents 3 4
Arrière-grands-parents 4 8
2 x arrière-grands-parents 5 16
3 x arrière-grands-parents 6 32
4 x arrière-grands-parents 7 64
5 x arrière-grands-parents 8 128
6 x arrière-grands-parents 9 256
7 x arrière-grands-parents 10 512
8 x arrière-grands-parents 11 1 024
9 x arrière-grands-parents 12 2 048

En réalité, vous trouverez moins d’ancêtres distincts que ne le laissent supposer ces chiffres. Dans une population issue d’un nombre relativement restreint de familles fondatrices, il était fréquent que des cousins éloignés se marient ; ainsi, un même couple peut apparaître plusieurs fois dans votre arbre généalogique, par le biais de différentes lignées. Ce phénomène, qu’on appelle implexe, est particulièrement courant dans les familles canadiennes-françaises.

Des bases solides pour la suite

Vous avez désormais posé les bases de votre histoire familiale. Vous avez consigné ce que vous savez, discuté avec vos proches, rassemblé et conservé les documents et les photographies que votre famille a gardés, et commencé à noter la provenance de chaque information. Vous avez également appris à considérer les récits familiaux comme des indices, choisi une méthode pour organiser votre collection grandissante et identifié les lacunes que vous aimeriez combler.

Ne vous inquiétez pas si vos fiches familiales comportent encore de nombreux espaces vides. C’est précisément là que commence votre recherche. Dans la prochaine leçon, nous nous intéresserons aux documents eux-mêmes : comment utiliser un acte de mariage pour remonter d’une génération, pourquoi les registres paroissiaux du Québec sont au cœur de la recherche sur les Canadiens français, et quelles bases de données et quels outils vous aideront à trouver les documents dont vous avez besoin.

Questions fréquentes

Par vous-même et votre famille proche : notez sur une fiche familiale les dates et les lieux de naissance, de mariage et de décès, puis remontez à vos parents, vos grands-parents et vos arrière-grands-parents, une génération à la fois.

C’est la pratique des registres paroissiaux du Québec : les femmes y figurent sous leur nom de naissance. Les inscrire ainsi vous permettra de les retrouver beaucoup plus facilement.

Au moins 600 ppp pour les photographies et 300 ppp pour les documents. Numérisez aussi le verso dès qu’il porte une inscription, un cachet ou une signature.

Aucune méthode n’est supérieure. La recherche par lignée remonte vite une seule branche, par exemple celle de votre nom de famille ; la recherche par génération donne un portrait plus complet, mais le nombre d’ancêtres double à chaque génération.

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Kim Kujawski
À propos

Kim Kujawski

Kim Kujawski, GFA, PLCGS, est une généalogiste professionnelle spécialisée en généalogie canadienne-française depuis près de 20 ans. Fondatrice de La Généalogiste franco-canadienne (tfcg.ca), elle a contribué aux recherches canadiennes des saisons 10 et 11 de l’émission Finding Your Roots (PBS). Elle est membre de la Société généalogique canadienne-française et de l’Association of Professional Genealogists, ainsi qu’administratrice de la British Columbia Genealogical Society.

Spécialité
Généalogie
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